Le dernier

Premier de mes grands formats dessiné au sang, ce vautour est représenté posé sur l’extrémité d’une branche morte, dernier reste d’un monde qui semble avoir disparu. Cette disparition s’incarne dans le panoramique blanc qui fait front à l’oiseau.

Les vautours se nourrissent des restes du monde terrestre et vivent dans les cieux, de nombreuses cultures ont vu en cet oiseau une immense richesse symbolique, allant des funérailles célestes au Tibet, passant par la figure des déesses maternelles dans l’Égypte antique et intercesseur entre les dieux et les hommes chez les Mayas…

C’est son potentiel d’ambivalence qui m’a le plus guidé dans ce travail, figure de sagesse mais avant tout charognard il se vautre dans la puanteur mais côtoie le soleil…

Le spectateur est invité à se projeter sur le passé de la scène que je représente, un processus d’ingestions successives des êtres vivants les uns par les autres aurait abouti à ce dernier qui incarnerait donc la totalité du monde existant et en cet instant ferait face à la totalité de l’inexistant…

Les visions de fin du monde envahissent notre quotidien mais excluent bien souvent la poésie du néant, le blanc est très présent dans nombre de mes œuvres, et je travaille sa présence. Dans le blanc, ce qu’il y a à voir est vu, révélé par la lumière, et donc si l’on ne voit rien, c’est qu’effectivement il n’y a rien.

Mais toute cette absence n’a pas de sens sans la force de la figure qu’incarne l’oiseau. Le contraste qui s’opère avec la sang n’est pas destiné à agresser le spectateur, au contraire, le traitement du dessin est fin, soyeux et raccroche à l’onirisme dans toutes ses dimensions, de violence et de douceur .

« En m’effondrant je sentis – avec quel soulagement – le vautour se noyer sans merci dans les abîmes infinis de mon sang. » Franz Kafka, Le Vautour.

Sang sur médium enduit, 283x133cm, 2019